L’atelier, et qui le tient
À propos de Jade
Française du Morbihan, installée à Tallinn : je choisis mes pierres et je les fais monter. Ce nom vient d’une promesse de guérison, pas moi.
- Je choisis et je fais monter. Je n’extrais pas, je ne taille pas
- Je pèse un exemplaire par référence, et je publie le chiffre
- Atelier de bijoux en jade, et rien d’autre
Le mot que je porte vient d’une promesse de guérison
Vers 1565, pendant la conquête, les Espagnols voient les populations d’Amérique centrale porter une pierre verte contre les douleurs du flanc. Ils l’appellent piedra de la ijada, la pierre du flanc, parce qu’on l’applique là où font mal les coliques néphrétiques. Le latin savant traduit : lapis nephriticus, la pierre des reins, de nephros en grec. C’est de là que vient le mot néphrite.
Le français emprunte l’espagnol et en fait éjade. Puis une coupure fautive, l’éjade entendu le jade, donne le mot que nous employons tous les jours. On peut le lire à l’entrée jade du Dictionnaire de l’Académie française, neuvième édition.
Le mot que je porte vient d’une promesse de guérison du XVIe siècle. C’est exactement ce que je ne vous vendrai pas.
Ce site ne prête au jade aucun effet sur la santé, la fertilité ou la douleur. L’avertissement complet est ici, et il est plus court que cette page.
J’ai gardé le mot ijada dans le nom du domaine parce qu’une marque doit dire d’où elle vient, y compris quand ce qu’elle trouve la met en porte-à-faux. Et parce que ce genre d’histoire, une pierre nommée par un malentendu entre deux mondes, est précisément ce qui m’a menée là.

Ce que je fais, et ce que je ne fais pas
Je préfère l’écrire tout de suite, parce que ce marché entretient volontiers le flou.
- Je fais
- Choisir les pièces une par une chez mes fournisseurs, en commander un exemplaire pour moi, le peser quand il m’arrive nu, publier le chiffre, et faire monter ce qui doit l’être.
- Je ne fais pas
- Extraire, tailler, polir, sertir. Le travail du métal n’est pas de ma main.
- Je ne suis pas
- Gemmologue, lapidaire, ni thérapeute. Je n’ai aucun diplôme de gemmologie et je ne prétends pas en avoir.
- Le métier, en un mot
- Un atelier de bijoux en jade. Ni un cabinet, ni un centre de soin, ni un atelier de lithothérapie.
Mes bijoux en jade sont montés ou choisis un par un. Je n’écris jamais « je fabrique » ni « fait main », parce que ce serait faux. Le modèle est mixte, et il s’assume : ce que j’apporte, c’est le tri, et c’est ce qui décide de tout sur cette matière-là.
Pourquoi le jade, et pas une autre pierre
J’ai grandi dans le Morbihan, à côté des vitrines du musée de Préhistoire de Carnac. On y voit de grandes haches en pierre polie, d’un vert profond, déposées il y a plus de six mille ans dans les tumulus de Mané er Hroëk, du Tumulus Saint-Michel et de Tumiac. Elles ne servaient pas à couper du bois. Elles étaient déjà des objets de prestige.
Enfant, on m’a dit que c’était du jade et je l’ai cru sans y penser. C’est en cherchant, bien plus tard, que j’ai compris que la question avait occupé des chercheurs pendant un siècle et demi, et qu’elle avait une réponse.
En juin 2003, Pierre et Anne-Marie Pétrequin identifient les carrières néolithiques de jadéite alpine du massif du Mont Viso, en Piémont, entre 1 500 et 2 400 mètres d’altitude, ainsi que celles du massif du Beigua. Aux Ve et IVe millénaires avant notre ère, ces carrières ont alimenté une diffusion de grandes haches polies sur 3 300 kilomètres d’ouest en est, de l’Irlande à la Bulgarie. Les dépôts du Morbihan sont parmi les plus riches d’Europe.
Autrement dit : le jade était en Bretagne des millénaires avant d’arriver de Chine, et presque personne ne le raconte en France. C’est l’article que j’avais envie d’écrire en premier.

Un Français a coupé le jade en deux, et ça change tout
En 1863, le minéralogiste Alexis Damour établit que ce qu’on appelait jade recouvre deux espèces minérales sans parenté : la jadéite, un pyroxène sodo-alumineux dont il forge le nom, et la néphrite, une amphibole de la série trémolite-actinote. Il travaillait sur des jades rapportés du pillage du Palais d’Été de Pékin, trois ans plus tôt. Notice et analyse sur le jade vert, Comptes rendus hebdomadaires de l’Académie des sciences, tome 56, 1863.
Deux ans après, il analyse les haches polies des monuments celtiques et y reconnaît de la jadéite. Les deux moitiés de mon histoire tiennent au même homme, ce qui n’était pas prévu quand j’ai commencé à lire.
Ce que ça change pour une boutique : un mot qui recouvre deux minéraux est un mot dans lequel on peut cacher n’importe quoi. Et c’est ce qui se passe. La serpentine et le quartzite teint circulent sous le nom de jade avec des étiquettes qui ont l’air sérieuses, « new jade », « jade de Malaisie », « jade de Corée ». Aucune de ces étiquettes ne désigne du jade.

Alors je pèse
Puisque la différence est physique, elle se mesure. Une balance, un fil, un verre d’eau : la pierre pesée dans l’air, puis suspendue immergée, donne sa masse volumique, et la masse volumique sépare sans discussion la jadéite, la néphrite, la serpentine et le quartzite.
Avant de mettre une référence en ligne, j’en commande un exemplaire pour moi. Quand il arrive sans monture, je le pèse et je publie les trois nombres avec leur date. La méthode en entier, avec ses trois limites, parce qu’une méthode sans ses limites n’est qu’un argument.
La plus sérieuse de ces limites tient en une phrase : la balance nomme le minéral, elle ne dit rien du traitement. Mon fournisseur ne connaît pas le statut de sa marchandise, et je ne l’invente pas. Vous ne lirez donc jamais « jadéite A » ni « non traité » sur mes fiches. Pourquoi, et ce que ça implique pour vous.
Je pèse, je ne certifie pas. Sur un cas litigieux, ma réponse est que je ne peux pas trancher. C’est moins vendeur qu’un logo de laboratoire, et c’est la seule chose que je puisse tenir.
Tallinn, et ce que l’Estonie n’a pas
Je vis à Tallinn, où mon activité est déclarée. Il n’y a en Estonie ni gisement de jade, ni tradition lapidaire, ni atelier de taille, et je ne laisserai pas croire le contraire par une photo bien cadrée. Ce qui se passe ici, c’est le choix des pièces, la pesée, l’emballage et les réponses aux messages.
C’est moi qui réponds, et je suis seule à le faire. Cela veut dire des réponses parfois lentes, et jamais de « nous » qui désignerait un service. Écrivez-moi.
Jade Ijada est un nom commercial. Les mentions légales nomment l’éditeur réel : elles ne racontent rien, elles disent le vrai.
Ce que vous ne trouverez pas ici
- Aucune serpentine, aucun quartzite teint, aucune aventurine vendus sous le nom de jade. Si une pièce n’est ni jadéite ni néphrite, elle porte son vrai nom minéral.
- Aucun « jade A », aucun « type A », aucun « non traité » : je ne le sais pas, et ma balance ne le dit pas.
- Aucune jadéite birmane. La raison est d’abord légale.
- Aucun « semi-précieux » ni « semi-fin » : le décret n° 2002-65 les interdit pour tout son champ.
- Aucune échelle A, AA, AAA. Elle emprunte sa lettre à la vraie classification pour désigner un avis de vendeur.
- Aucune promesse de santé, de fertilité ni de guérison.
- Aucun prix, aucun délai, aucune dimension inventés. Quand je ne sais pas, la ligne reste vide.
Ces refus ne sont pas une clause de style. Plusieurs pages de ce site n’existent que parce que personne d’autre ne les écrit.
Cette page est le socle du site : si ce qui y est écrit devient faux, c’est ici que la correction se fait en premier.
Mise en ligne le 9 septembre 2026.