Jade Ijada
Ouverture de l’article sur les pierres vendues sous le nom de jade

Serpentine, quartzite, aventurine : les pierres vendues comme jade

Cette page rassemble les étiquettes que le commerce accroche au mot jade, new jade, olive jade, jade de Corée, jade de Malaisie, jade d’Australie, jade africain, jade des montagnes : ce que chacune recouvre, la masse volumique qui la trahit quand j’en ai une, et pourquoi aucune n’entre chez moi.

Aucune de ces appellations n’est un nom de minéral : derrière la plupart il y a de la serpentine, autour de 2,6, ou du quartzite teint, autour de 2,65, quand la jadéite se tient de 3,25 à 3,36 et la néphrite de 2,90 à 3,03. Le nom composé est en lui-même le signal, parce qu’un mot ajouté devant jade sert à faire tenir un mot qui ne tient pas seul.

MatièreMasse volumique
Jadéite3,25 à 3,36
Néphrite2,90 à 3,03
Serpentineenviron 2,6
Quartzite, teint ou nonenviron 2,65

Le mot jade recouvre deux minéraux sans parenté, la jadéite et la néphrite, séparés en 1863 par le minéralogiste français Alexis Damour. Ce qui n’est ni l’un ni l’autre porte déjà un nom minéral, et ce nom ne le déclasse pas : une serpentine sculptée reste une belle pierre sculptée. Le partage est posé sur la page de la pierre de jade.

Je m’appelle Jade, je tiens un atelier de bijoux en jade : je choisis les pièces, je les fais monter, et je pèse un exemplaire de chaque référence avant la mise en vente. Je ne suis ni gemmologue ni thérapeute : ici, la minéralogie est à l’indicatif, le reste est attribué.

Pourquoi la fraude passe par un mot ajouté

Un vendeur qui écrit serpentine vend de la serpentine, et personne ne lui reproche rien. Un vendeur qui écrit new jade vend le mot jade avec un alibi collé devant : le mot ajouté ressemble à une précision, il fonctionne comme une autorisation.

L’alibi prend trois formes. Un lieu, Corée, Australie, Afrique, Malaisie. Une nouveauté, new jade, comme s’il existait un jade récent. Une couleur ou un décor, olive jade, jade des montagnes. Aucune ne renseigne sur la matière, et la plupart ne renseignent pas non plus sur l’origine. D’où la question à poser dès qu’un mot précède ou suit jade : non pas quelle variété de jade, mais quel minéral (le lexique du jade).

Les étiquettes, leur vrai nom, et le chiffre qui les trahit

Étiquette du commerceCe que c’estMasse volumique
New jadeSerpentineenviron 2,6
Olive jadeSerpentineenviron 2,6
Jade de CoréeSerpentineenviron 2,6
Jade de MalaisieQuartzite teintenviron 2,65
Aventurine vendue en jadeQuartzite vertenviron 2,65
Jade d’AustralieChrysoprase, une calcédoinenon relevée ici
Jade africainGrossulaire, parfois serpentinenon relevée, 2,6 pour la serpentine
Jade des montagnesÉtiquette que je n’ai pas pu rattachersans objet

La colonne de droite est la seule qui décide, et elle s’arrête là où je n’ai pas de chiffre à citer : deux cases portent un trou plutôt qu’une valeur plausible. Là où elle conclut, elle conclut sans discussion, car entre 2,65 et 2,90 les fourchettes ne se recoupent pas. Le protocole est publié sur la page de la pesée.

Section sur les fausses étiquettes et le vrai nom minéral derrière chacune
Le mot ajouté est un lieu, un âge ou une couleur. Jamais un minéral, et c’est ce qui le rend repérable.

La serpentine, sous au moins trois étiquettes

C’est la confusion la plus fréquente parmi celles que je rencontre. La serpentine désigne un groupe de minéraux verts à vert jaune, d’aspect gras, souvent veinés de plus sombre. Elle se travaille et se polit bien, et on sculpte dedans depuis longtemps.

Le commerce la vend sous new jade quand elle est vert pâle et translucide, sous olive jade quand elle tire au vert olive, sous jade de Corée sans que la Corée y soit toujours pour quelque chose. Trois noms, une pierre, un chiffre : environ 2,6, quand une néphrite commence à 2,90. À volume égal, l’écart se sent dans la main et se lit dans le verre d’eau. Je refuse le mot, pas la matière : une pièce en serpentine annoncée comme telle est une pièce honnête.

Le quartzite teint, et les couleurs qui n’existent pas

Le quartzite prend très bien la teinture : plongé dans un bain coloré, il en ressort d’un ton uniforme et saturé que le jade ne produit pas. C’est le matériau de la plupart des bracelets fuchsia, bleu franc et vert pomme vendus sous le nom de jade de Malaisie. La couleur ajoutée se voit parfois, concentrée dans les microfissures et autour des perçages, où elle devient plus dense qu’au centre de la pierre : indice, pas preuve (le jade teinté, pierre de jade rose, bleue, rouge).

Le blanc a sa page à part, parce qu’une néphrite blanche existe vraiment et qu’un quartzite blanchi se vend sous son nom : la pierre de jade blanc. L’aventurine, elle, appartient à la même ligne du tableau, un quartzite vert dont le pétillement vient d’inclusions micacées, autour de 2,65. Je la trouve surtout dans les lots de perles, où rien ne la distingue d’une néphrite à l’étiquette.

Australie, Afrique, montagne : les trois dernières étiquettes

Le jade d’Australie est de la chrysoprase, une calcédoine, donc du quartz. Son vert pomme lui vient du nickel, et c’est une pierre recherchée pour elle-même, qui n’avait aucun besoin d’emprunter le nom d’une autre.

Le jade africain recouvre deux matières selon les lots, la grossulaire, qui est un grenat, et de la serpentine. Sur la seconde mon tableau conclut, à 2,6. Sur la première il ne conclut pas, faute d’un chiffre que j’aie relevé, et je le dis plutôt que de laisser croire à une méthode qui marcherait partout.

Le jade des montagnes est celle des huit que je n’ai pas su rattacher : aucune matière constante derrière l’étiquette, et j’aime mieux écrire le trou que le remplir. Ce qui suffit à la refuser tient sans cela, montagne n’est pas un nom de minéral.

Ce que la balance tranche, et où elle s’arrête

Une pierre pesée dans l’air, puis suspendue à un fil dans un verre d’eau, donne sa masse volumique par simple rapport. C’est ce que je fais sur l’exemplaire que je commande avant de mettre une référence en ligne, jamais sur la pièce qui part chez vous, qui vient du fournisseur sans passer par mes mains.

Trois limites, et une quatrième propre à cette page. La mesure porte sur la pierre nue : un rang enfilé ou une pierre sertie fait entrer le fil et le métal dans la balance. Elle perd sa valeur sur les très petites pièces. Elle dit le minéral, jamais le traitement : seule une spectroscopie infrarouge, que je n’ai pas, séparerait une pierre imprégnée de résine d’une autre (la classification A, B et C, ma fiche d’information).

La quatrième tient à ce sujet précis : entre la serpentine à 2,6 et le quartzite à 2,65, ma balance hésite. Elle me dit que ce n’est pas du jade, pas laquelle des deux, et je m’arrête là. Rayure, son, sensation de froid prouvent encore moins : reconnaître une véritable pierre de jade.

Vue consacrée à la serpentine, la plus fréquente des confusions
Sous la lampe, une serpentine et une néphrite se ressemblent assez pour tromper. Dans le verre d’eau, l’écart se lit au premier calcul.

Si vous l’aviez achetée pour sa symbolique

Ce qui suit change de registre, et je le signale plutôt que de le fondre dans le reste. Rien n’y est démontré : c’est ce que des traditions ont prêté à cette pierre.

Une pierre ne soigne rien, et l’avertissement complet est ici.

Beaucoup de ces pièces s’achètent pour ce que la tradition prêterait au jade, et la substitution compte alors doublement : les traditions dont on vous a parlé se sont formées autour de la néphrite en Chine et de la jadéite en Mésoamérique, pas autour des matières de cette page. Ce qu’elles rapportent est réuni, au conditionnel, dans ce que la tradition prête à la pierre de jade. Ce que je n’écrirai jamais, quelle que soit la pierre : qu’un bijou soigne, protège ou favorise la fertilité.

Ce que le décret interdit, et ce qu’il n’interdit pas

Le décret n° 2002-65 du 14 janvier 2002, qui régit le commerce des pierres gemmes et des perles, ne mentionne ni jade, ni jadéite, ni néphrite, et ne porte aucune liste positive de noms. Il ne dresse donc pas, et ne dressera pas, la liste des étiquettes de cette page.

Son article 9 suffit pourtant : il interdit de vendre une pierre sous une autre dénomination, sur les étiquettes comme sur tout document commercial ou publicitaire, et appeler jade une serpentine tombe dedans, avec ou sans mot ajouté. Son article 2 impose d’indiquer le traitement subi, et son article 5 interdit totalement deux mots que beaucoup de sites de pierres emploient encore, semi-précieux et semi-fin (le jade et le décret de 2002, le jade est-il une pierre précieuse). Le décret ne prévoit lui-même aucune sanction : la répression passe par le code de la consommation, article L.441-1 pour la tromperie sur la nature, l’espèce ou l’origine, puni par l’article L.454-1 de trois ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende.

Pourquoi aucune de ces étiquettes n’entre chez moi

Aucune de mes fiches et aucune de mes catégories ne porte l’une de ces appellations, ni dans son titre, ni dans son adresse. La seconde moitié de la phrase demande d’être dite : je traite une adresse de page comme un document commercial parmi les autres, donc je n’y mets pas un mot que je refuse sur une étiquette.

Sur chaque référence je publie le minéral, la masse dans l’air, la masse immergée, la masse volumique obtenue, la date de la mesure, et le fait que le traitement n’est pas déterminé, parce que mon fournisseur ne le connaît pas et que ma balance ne le dit pas (ce que je publie sur chaque fiche). Un dernier faux repère traîne à côté des huit étiquettes : l’échelle A, AA, AAA n’a aucune existence normative et emprunte son alphabet à la vraie classification, celle des traitements (juger la qualité d’un jade, acheter un bijou en jade).

Les questions qu’on me pose

Le new jade est-il du vrai jade ?

Non. C’est un nom commercial donné à de la serpentine, autour de 2,6, quand une néphrite commence à 2,90 et une jadéite à 3,25. La pierre n’a rien de récent, et rien d’un jade.

Qu’est-ce que le jade de Malaisie ?

Du quartzite teint, autour de 2,65 : le matériau habituel des bracelets aux couleurs vives et parfaitement uniformes. La Malaisie n’y est pas plus pour quelque chose que la Corée dans l’étiquette voisine.

Le jade africain existe-t-il ?

L’étiquette existe, la pierre n’est pas du jade : selon les lots, de la grossulaire, qui est un grenat, ou de la serpentine. Sur la seconde la pesée conclut ; sur la première je n’ai pas de fourchette à citer, et je m’abstiens.

Une serpentine vendue comme jade, est-ce une arnaque ?

La pierre n’est pas en cause, le nom l’est. Vendre une serpentine sous le nom de jade relève de l’article 9 du décret n° 2002-65, et peut relever de la tromperie au sens du code de la consommation.

Comment vérifier chez moi qu’un bracelet n’est pas de la serpentine ?

Par une pesée hydrostatique sur la pierre nue, dans l’air puis suspendue dans l’eau. Autour de 2,6 ou 2,65, ce n’est ni de la jadéite ni de la néphrite. Sur un rang enfilé, la mesure est faussée et ne conclut pas.

L’aventurine et le jade, est-ce la même chose ?

Non. L’aventurine est un quartzite vert, autour de 2,65, dont l’éclat vient d’inclusions micacées. Elle porte son propre nom depuis longtemps, et ce nom n’est pas jade.

Où j’ai vérifié

Ce qui vient d’une source nommée. Les textes juridiques sont nommés dans le corps : décret n° 2002-65 du 14 janvier 2002, articles 2, 5 et 9, et code de la consommation, articles L.441-1 et L.454-1. La séparation de la jadéite et de la néphrite vient de la note d’Alexis Damour à l’Académie des sciences, en 1863 ; je n’en donne pas la pagination, je ne l’ai pas lue. Les fourchettes de masse volumique sont celles de la littérature minéralogique : je les reprends, je ne les ai pas mesurées, et leurs bornes varient de quelques centièmes d’une base à l’autre. Je ne les attribue donc à aucun organisme, parce que je ne les ai relevées dans aucun, et les deux cases vides du tableau le sont pour la même raison.

Ce qui est une observation de marché, datée. Le 8 septembre 2026, j’ai regardé les neuf concurrents français de la première page sur les requêtes de jade : aucun n’indique le minéral de ses pièces, l’un affiche deux origines contradictoires sur une même fiche, un autre pratique l’échelle A, AA, AAA. Le même jour, mon fournisseur m’a confirmé qu’il ne sait pas dire si sa marchandise est traitée.

Ce qui est mon raisonnement. L’idée qu’un mot ajouté devant jade sert d’alibi est une lecture, pas un fait établi. Le rattachement de la chrysoprase à la famille du quartz est de la minéralogie, mais l’usage que j’en fais pour la ranger dans ma zone basse est de moi. Le refus de mettre une de ces étiquettes dans une adresse de page vient de ma lecture de l’article 9, qui parle de tout document commercial, et non d’une jurisprudence. Sur le jade des montagnes comme sur la grossulaire, ce que j’écris est que je ne sais pas. Si vous trouvez une erreur ici, écrivez-moi : je la corrigerai et je le noterai.

En une phrase

Les pierres vendues comme jade ne sont pas de mauvais jades, ce sont, pour celles que j’ai su rattacher, d’autres minéraux qui ont déjà un nom, et une pesée sur la pierre nue suffit à séparer les 2,6 des 2,90. La méthode est sur la page de la pesée, les pièces nommées par leur minéral dans la boutique.