
Comment le jade se nomme : ce que disent le GIA et la CIBJO
Qui décide qu’une pierre a le droit de s’appeler jade : ce que la CIBJO inscrit dans son livre des gemmes, ce que le GIA range sous ce mot, comment sept laboratoires le rédigent, et ce que le droit français ne dit nulle part.
Le texte qui régit le commerce des pierres gemmes en France ne nomme pas le jade : le décret n° 2002-65 ne mentionne ni jade, ni jadéite, ni néphrite. Son nom est écrit par des organisations professionnelles, la CIBJO et le GIA au premier rang, qui ne rangent pas tout à fait les mêmes minéraux sous ce mot et n’ont, elles, aucun pouvoir de sanction.
Deux étages, donc, qu’on confond souvent : un étage professionnel qui écrit ce qui doit se dire sans pouvoir l’imposer, un étage légal qui n’a rien écrit sur le jade et punit tout de même, sur le terrain de la tromperie.
Je m’appelle Jade, je tiens un atelier de bijoux en jade et je pèse un exemplaire de chaque référence avant la mise en vente. Ni gemmologue ni juriste : ce qui suit est ce que j’ai lu dans les textes, avec la date où je les ai ouverts.
Qui écrit le nom d’une pierre
Quatre organisations comptent ici, et elles ne font pas le même métier.
- L’IMA, l’Association minéralogique internationale, valide les noms d’espèces. Jadéite, actinote, trémolite, omphacite, kosmochlor en sont ; jade n’en est pas un, c’est un mot de commerce, ce que le fond du sujet développe.
- La CIBJO, la Confédération internationale de la bijouterie, joaillerie, orfèvrerie, des diamants, perles et pierres, publie les Blue Books, dont le livre des gemmes : les noms sous lesquels le commerce vend.
- Le GIA, institut de gemmologie américain, enseigne et analyse ; ses pages publiques disent quel sens il donne au mot.
- Le LMHC, un comité de sept laboratoires, harmonise la formulation exacte qu’on lit sur un rapport d’identification.
Aucune n’est un État, aucune ne rend d’arrêt. Tout le reste en découle.
Ce que vaut une règle professionnelle
La CIBJO le dit dans son avant-propos : sa tâche est d’enregistrer les usages acceptés du commerce mondial. Ces usages complètent la législation d’un pays, ou en tiennent lieu là où il n’y en a pas. Elle s’en remet à ses membres pour les appliquer, et ses standards sont soumis aux réglementations des juridictions où ces membres exercent.
Le livre s’efface donc devant la loi, et personne n’est chargé de le faire respecter. La confédération est née en 1926 et a imprimé ses premières délibérations sur la terminologie en 1968 : presque soixante ans de travail sans pouvoir de sanction. Ce n’est pas une faiblesse, c’est son statut, et il l’assume mieux que ceux qui le citent.

Ce que la CIBJO inscrit à la ligne du jade
J’ai ouvert l’annexe des noms commerciaux du livre des gemmes, édition datée du 22 décembre 2022. Trois colonnes : l’espèce, la variété, le nom du commerce.
| Espèce minérale | Variété | Nom du commerce |
|---|---|---|
| Jadéite | Jadeite, Jadeite-jade | |
| Jadéite | Chloromélanite | Chloromelanite |
| Actinote, actinote-trémolite, trémolite | Néphrite | Nephrite, Nephrite-jade |
Sur ces lignes, le mot jade n’est jamais seul : il n’apparaît qu’accolé au minéral, et en second. La même annexe porte le Fei Cui, terminologie propre au marché chinois, renvoyée à la jadéite pour le reste.
Une colonne liste ensuite les traitements couramment rencontrés : pour la jadéite, imprégnation par polymère, imprégnation par polymère et colorant après attaque acide, teinture, plus rarement chauffage ; pour la néphrite, le plus souvent rien, parfois une teinture, très couramment un cirage de surface. C’est un tableau de vigilance ; la classification des traitements a son propre article.
Des pendentifs dont la fiche nomme le minéral
Le jade générique du GIA
Le GIA ne tient pas d’annexe de noms commerciaux. Sa page de description du jade pose une définition d’usage : les gemmologues modernes emploient le mot jade comme terme générique pour la néphrite, la jadéite, et, sous certaines conditions, l’omphacite verte.
Le mot y est donc assumé comme un mot de commerce. Il couvre deux espèces, comme chez la CIBJO, et en admet une troisième sous condition : c’est là que les textes cessent de coïncider.
L’omphacite, le mot sur lequel les textes divergent
L’omphacite est un pyroxène de la même famille que la jadéite. Le GIA écrit qu’une omphacite verte vue dans son laboratoire avait la couleur d’une belle jadéite verte et les mêmes propriétés gemmologiques. D’où la porte entrouverte.
Dans le livre des gemmes de la CIBJO que j’ai lu, le mot omphacite n’apparaît pas une seule fois. Ce n’est pas une impression : j’ai passé le document entier à la recherche plein texte, elle renvoie zéro. Le kosmochlor, lui, y figure sous son propre nom, sans jade accolé. Le comité des laboratoires tranche encore autrement : il les définit tous deux, mais leur refuse le mot jade, qu’il réserve à la jadéite et à la néphrite.
Trois textes de la même profession, trois positions, aucune autorité au-dessus pour arbitrer. Ma balance n’aide pas : ces pyroxènes se tiennent tous autour de 3,3, et la pesée me donne la famille, pas l’espèce.
Comment sept laboratoires écrivent ce nom
Le LMHC réunit le laboratoire du GIA, le CGL au Japon, le CISGEM en Italie, le DSEF en Allemagne, le GIT en Thaïlande, Gübelin et le SSEF en Suisse. Sa fiche n° 11, version de décembre 2011, est plus étroite que le GIA : le jade y est un nom de commerce qui ne recouvre que la jadéite et la néphrite.
Elle explique aussi une distinction que je n’ai vue faite nulle part en français. La jadéite est le minéral ; ce que le commerce vend est une roche, faite de cristaux de jadéite agrégés et d’autres minéraux. « Jadéite-jade » n’est donc pas un pléonasme : le premier mot nomme l’espèce, le second la pierre qu’on taille.
Vient ensuite le vocabulaire du traitement. Une pièce blanchie puis imprégnée s’écrit imprégnée, celle dont les fissures ont reçu un agent coloré s’écrit teintée, et celle sur laquelle rien n’a été relevé s’écrit : aucune indication d’imprégnation.
Relisez la formule : elle est négative. Un laboratoire équipé écrit ce qu’il n’a pas vu plutôt que ce que la pierre serait. Si eux prennent cette précaution, une vendeuse munie d’une balance et d’un verre d’eau n’a pas de raison d’être plus affirmative : c’est le principe de ce que je publie sur chaque fiche.
Des bagues en jade, choisies une par une
Le droit français, lui, ne nomme rien
C’est la nuance que je n’ai vue écrite sur aucune des pages françaises que j’ai ouvertes, et elle se vérifie en dix minutes. Le décret n° 2002-65 du 14 janvier 2002, qui régit le commerce des pierres gemmes et des perles, ne mentionne ni jade, ni jadéite, ni néphrite, et ne porte aucune liste positive de noms de gemmes.
Il fait autre chose : il oblige à mentionner le traitement, interdit de vendre une pierre sous une autre dénomination que la sienne, et proscrit deux qualificatifs pour tout son champ. La sanction vient du code de la consommation, sur le terrain de la tromperie. Le détail est dans ce qu’un vendeur doit dire, le mot précieux dans le jade est-il une pierre précieuse.
Sur un point les deux mondes se rejoignent sans s’être consultés : le qualificatif que le décret interdit, le livre des gemmes le range lui aussi parmi les termes trompeurs. Même conclusion, atteinte par deux chemins qui ne se croisent pas.

Les portes latérales que la nomenclature ferme
Ces textes servent moins à dire ce qui est un jade qu’à fermer les chemins de traverse, par où passe une fraude qui ment rarement de front.
- Un nom géographique ne s’emploie que pour le lieu d’extraction, et un centre de taille ou d’exportation ne vaut pas origine. « Jade de Malaisie » tombe deux fois, et les bijoux dits du Vietnam relèvent de la même mécanique.
- Deux noms de gemmes ne s’accolent pas de façon à rendre la matière méconnaissable.
- Chaque substitut a déjà son nom dans le livre. Serpentine, antigorite, lizardite, bowénite, quartzite, aventurine y figurent chacun sous le sien, et aucun ne porte le mot jade : il n’y a aucun vide à combler.
Les étiquettes et leurs masses volumiques sont dans les pierres vendues comme jade, ce qu’on vérifie soi-même dans reconnaître une véritable pierre de jade.
Ce que cela change sur mes fiches
Je nomme le minéral avant le mot jade. C’est la forme que la CIBJO enregistre, et celle qui apprend quelque chose au lecteur : jadéite, ou néphrite, avec le chiffre qui la fonde. La pesée hydrostatique sépare 3,25 à 3,36 pour l’une et 2,90 à 3,03 pour l’autre, loin de la serpentine autour de 2,6 et du quartzite autour de 2,65. Ce qu’elle ne tranche pas, je l’écris : jadéite ou néphrite.
Je n’emploie aucune des lettres. Les A, B et C du commerce viennent du vocabulaire des laboratoires, qui repose sur une observation instrumentale hors de ma portée. Mon fournisseur ne connaît pas le traitement de sa marchandise, et je préfère l’écrire que le taire : la fiche d’information sur les traitements le dit à chaque vente.
Je n’emploie pas l’échelle A, AA, AAA, absente de tous les textes lus ici, qui emprunte son alphabet à celui, réel, des traitements. La valeur d’une pièce se regarde ailleurs : les six critères.
Les questions qu’on me pose
Existe-t-il une définition légale du jade en France ?
Non, pas dans le décret n° 2002-65, texte de référence du commerce des pierres gemmes : il ne cite ni jade, ni jadéite, ni néphrite. Ce qui existe, ce sont des règles professionnelles sans force obligatoire, et l’interdiction générale de tromper l’acheteur.
« Jadéite-jade », est-ce un pléonasme ?
Non. La jadéite est une espèce minérale ; ce qu’on taille est une roche faite de cristaux de jadéite agrégés et d’autres minéraux. Le premier mot nomme l’espèce, le second la pierre.
L’omphacite est-elle du jade ?
Cela dépend du texte qu’on ouvre. Le GIA l’admet sous certaines conditions quand elle est verte. Le livre des gemmes de la CIBJO que j’ai lu ne la mentionne pas, et le comité des laboratoires lui donne une ligne à son nom, sans le mot jade.
Que désigne le terme « Fei Cui » ?
C’est le nom chinois de la jadéite, porté par le livre des gemmes comme une terminologie propre au marché chinois et renvoyé à la ligne de la jadéite. L’employer comme s’il désignait une qualité supérieure n’a aucun fondement dans le texte.
Le GIA ou la CIBJO peuvent-ils sanctionner un vendeur ?
Non, et la CIBJO l’écrit dans son avant-propos : elle enregistre des usages, s’en remet à ses membres pour les appliquer, et ses standards sont soumis aux réglementations des pays concernés. Ce qui sanctionne, en France, c’est le code de la consommation.
Pourquoi ne trouve-t-on pas « jade » tout court dans ces textes ?
Parce que le mot ne désigne pas une matière : il recouvre deux espèces sans parenté. Les nomenclatures règlent la difficulté en le plaçant après le nom du minéral. Un vendeur qui écrit « jade » et rien d’autre n’a pas encore dit ce qu’il vend.
Où j’ai vérifié
Ce qui vient d’une source nommée. Trois documents, lus dans le texte. Le livre des gemmes de la CIBJO, Commission des pierres de couleur, édition datée du 22 décembre 2022 : l’avant-propos, les dates, l’annexe des noms commerciaux et sa colonne des traitements, les clauses sur les noms géographiques et accolés. La page de description du jade publiée par le GIA : le sens générique du mot et l’omphacite verte. La fiche d’information n° 11 du LMHC, version de décembre 2011 : le découpage du rapport, la définition étroite, la distinction entre le minéral et la roche, la formulation du traitement. Les fourchettes de masse volumique viennent de la littérature minéralogique : je les reprends, je ne les ai pas mesurées, et je ne les attribue à aucun organisme.
Ce qui est une observation, datée. J’ai ouvert ces documents le 10 septembre 2026. L’absence du mot omphacite est le résultat d’une recherche plein texte sur le fichier entier, ce jour-là, sur cette édition : la suivante peut l’ajouter. La page du GIA sur la question jadéite contre omphacite était indisponible à chacune de mes tentatives, et je n’en résume rien. Le LMHC annonce une version plus récente de sa fiche, que son site ne servait pas ce jour-là.
Ce qui est mon raisonnement. Dire qu’aucune de ces organisations n’a de pouvoir de sanction est une conclusion tirée de leur statut, pas une phrase lue telle quelle. Le rapprochement entre la prudence des laboratoires et la mienne est une position, le refus des lettres une décision. Si vous trouvez une erreur, ou une édition qui dit autre chose, écrivez-moi : je corrigerai et je le noterai.
En une phrase
Le décret français ne nomme pas le jade : son nom est écrit par des textes professionnels qui ne s’accordent pas entièrement, qui placent tous le minéral avant le mot jade, et qui ne peuvent rien contre personne, ce qui laisse au vendeur la charge de dire ce qu’il vend. C’est ce que j’essaie de faire avec une balance et un catalogue.
Des bracelets, minéral et masse volumique publiés











