
D’où vient le jade : Guatemala, pounamu, Taïwan, Russie, Canada
Cette page fait la carte des gisements de jade : où se trouve la jadéite, où se trouve la néphrite, ce que produisent le Guatemala, la Nouvelle-Zélande, Taïwan, la Russie, le Canada et la Chine, et pourquoi l’origine d’un bijou reste presque toujours invérifiable.
Les deux minéraux appelés jade n’ont pas la même carte : la jadéite de qualité gemme est rare et vient pour l’essentiel de Birmanie, avec le Guatemala pour seule autre source commerciale, tandis que la néphrite, banale à l’échelle du globe, s’extrait sur presque tous les continents.
| Pays | Minéral | Ce qu’il fournit |
|---|---|---|
| Birmanie | Jadéite | L’essentiel de la jadéite de qualité gemme du marché mondial |
| Guatemala | Jadéite | La seconde source commerciale, loin derrière |
| Nouvelle-Zélande | Néphrite | Le pounamu, dont la propriété est dévolue par une loi |
| Russie, Canada | Néphrite | Les gros volumes du commerce actuel |
| Chine, Taïwan | Néphrite | Les gisements historiques d’Asie de l’Est |
Je m’appelle Jade, je tiens un atelier de bijoux en jade : je choisis les pièces, je les fais monter, et je pèse un exemplaire de chaque référence avant la mise en vente. Je ne suis ni gemmologue ni géologue, et je ne suis allée dans aucune de ces mines : cette page décrit des gisements, jamais mon stock, et je dis plus bas pourquoi les deux ne se recoupent pas.
Deux minéraux, deux cartes qui ne se superposent pas
Le mot jade recouvre deux espèces sans parenté, séparées en 1863 par le minéralogiste français Alexis Damour : c’est le point de départ de tout le reste, développé sur la page de la pierre de jade et dans jadéite ou néphrite. Elles ne se forment pas dans les mêmes conditions, et c’est pour cela qu’elles ne se trouvent pas aux mêmes endroits.
- La jadéite demande de très fortes pressions à température modérée. Elle se cantonne aux anciennes zones de subduction, là où une plaque océanique est passée sous une autre : quelques massifs dans le monde, pas davantage.
- La néphrite se forme au contact entre des roches ultrabasiques serpentinisées et des roches riches en silice, ou au contact de marbres dolomitiques. Ces situations sont banales, et les gisements se comptent par dizaines.
D’où l’asymétrie qui explique une bonne part des prix (comment se forme la pierre de jade).
La Birmanie, qui fournit presque toute la jadéite
La jadéite de qualité gemme du commerce mondial vient très majoritairement d’une seule région, celle de Hpakant, dans l’État de Kachin, au nord de la Birmanie. C’est de là que sortent les pièces translucides que le marché appelle jade impérial, terme qui désigne une qualité de matière et non une provenance noble : ce que le terme désigne vraiment.
Je n’en vends pas. Ni les États-Unis ni l’Union européenne n’en interdisent aujourd’hui l’importation : l’interdiction américaine posée par le Tom Lantos Block Burmese JADE Act de 2008 a été levée en 2016. Mais l’entreprise publique qui contrôle le jade birman est sanctionnée par les États-Unis depuis le 8 avril 2021 et par l’Union européenne depuis le 21 juin 2021. Le coût humain de cette extraction a sa page : bracelet en jade de Birmanie.
Les bracelets en jade du moment
Le Guatemala et la vallée du Motagua
La vallée du Motagua, dans l’est du pays, est le seul gisement de jadéite gemme exploité à échelle commerciale en dehors de la Birmanie. Il suit une ancienne zone de collision entre deux plaques.
C’est un gisement ancien : les Olmèques, puis les Mayas, en ont tiré des masques, des perles et des haches cérémonielles, et plaçaient cette matière au-dessus de l’or. Après la conquête espagnole, la source a cessé d’être exploitée et sa localisation s’est perdue ; elle a été retrouvée au milieu du XXe siècle, et l’extraction a repris.

Il existe donc une vraie filière guatémaltèque, avec des ateliers et des boutiques, en particulier autour d’Antigua. Cela ne rend pas l’étiquette vérifiable pour autant : sur une pièce achetée à distance, « jade du Guatemala » est une affirmation du vendeur, pas une mesure.
La Nouvelle-Zélande : le pounamu, et à qui il appartient
Le pounamu désigne la néphrite de l’île du Sud, que l’anglais néo-zélandais appelle greenstone. Les gisements sont sur la côte ouest, et la pierre se ramasse en grande partie dans les rivières et sur les plages, sous forme de galets.
Une précision minéralogique compte ici : pounamu n’est pas un mot de minéralogie. Il couvre plusieurs matières, dont le tangiwai, qui est une bowénite, donc une serpentine, et non une néphrite. C’est une catégorie culturelle avant d’être une espèce minérale, exactement comme le mot jade l’a été pendant des siècles.
Le point décisif est juridique. Une loi néo-zélandaise de 1997 a dévolu à l’iwi Ngāi Tahu la propriété de tout le pounamu de son territoire, le takiwā, qui couvre la plus grande partie de l’île du Sud. Le prélèvement y est encadré par l’iwi, et la sortie de pierre brute du pays est réglementée. Ce n’est donc pas une réserve d’usage vague : c’est un droit de propriété, avec un propriétaire nommé (le pounamu des Maoris).
Conséquence pour mon atelier : je n’imite ni le hei-tiki ni le koru. Ces formes appartiennent à une culture vivante, et les reproduire reviendrait à vendre un signe qui ne m’appartient pas. Les motifs que je fais monter sont ailleurs : les motifs du jade.
La Chine et Taïwan, les néphrites d’Asie de l’Est
La néphrite historique de la Chine vient de Hetian, au Xinjiang, sur le versant nord du Kunlun : galets ramassés dans les rivières, puis extraction en montagne. C’est la matière de la statuaire rituelle, dont la néphrite blanche dite graisse de mouton. La jadéite, elle, n’arrive en Chine qu’à l’époque moderne, importée de Birmanie : les bijoux en jade de Chine.
Taïwan a un gisement de néphrite sur sa côte est, autour de Hualien, exploité industriellement dans la seconde moitié du XXe siècle au point de faire de l’île un producteur majeur, puis presque abandonné. Il est bien plus ancien que son épisode industriel : la néphrite taïwanaise circulait déjà en Asie du Sud-Est à la préhistoire, et l’archéologie en a retrouvé aux Philippines et au Vietnam (le jade du Vietnam).
La Russie et le Canada, les volumes d’aujourd’hui
Un jonc en néphrite verte acheté dans le commerce courant a de bonnes chances de venir de l’un de ces deux pays.
- La Russie extrait de la néphrite en Sibérie orientale, notamment en Bouriatie. Une part importante part vers la Chine, où elle est travaillée. Le pays produit aussi, marginalement, de la jadéite.
- Le Canada exploite la néphrite de Colombie-Britannique depuis les années 1970. La production est presque entièrement exportée, et une bonne part est sculptée hors du pays.
Retenez la dernière ligne : une pièce sculptée dans un pays n’est pas une pièce extraite dans ce pays, et les deux se confondent vite sur une étiquette.
Deux gisements qui n’alimentent plus le commerce
L’Europe. Les carrières néolithiques de jadéite alpine du massif du Mont Viso, en Piémont, et du massif du Beigua, identifiées en juin 2003 par Pierre et Anne-Marie Pétrequin, ont alimenté aux Ve et IVe millénaires avant notre ère une diffusion de grandes haches polies sur 3 300 kilomètres, de l’Irlande à la Bulgarie. Elles n’alimentent plus rien : c’est un gisement d’archéologie, pas de bijouterie (le jade en Europe).
Le Japon. La jadéite d’Itoigawa, sur la mer du Japon, porte l’un des plus anciens usages connus de cette matière, très antérieur à la Chine. Le gisement est aujourd’hui protégé et ne fournit pas le commerce : le jade au Japon. Le Kazakhstan produit lui aussi un peu de jadéite, sans peser sur le marché.
Pendentif maori, tiki, bijou du Guatemala : ce qu’on achète
Un pendentif maori ou un tiki vendu en ligne à petit prix n’est, la plupart du temps, ni du pounamu ni même de la néphrite : c’est le plus souvent de la serpentine, du quartzite teint ou une résine, sous une forme copiée (les pierres vendues comme jade). Même quand la pierre est bien de la néphrite, elle peut avoir été extraite au Canada et sculptée en Nouvelle-Zélande : honnête tant que c’est écrit, trompeur quand ça ne l’est pas.

Si l’origine néo-zélandaise compte pour vous, elle s’achète là-bas, chez des sculpteurs qui documentent la pierre, un dispositif de traçabilité rattachant la pièce à son bloc. Pour un bijou en jade du Guatemala, même logique : la filière existe, et c’est sur place ou auprès d’un atelier identifié qu’elle se vérifie.
Ce que je propose n’est pas cela, et je ne vais pas faire semblant : je publie le minéral et la mesure qui le fonde, pas un pays (ce que je publie sur chaque fiche).
Des pendentifs dont je publie la masse volumique
Pourquoi une origine ne se prouve presque jamais
La pesée hydrostatique, mon seul instrument, sépare la jadéite (3,25 à 3,36) de la néphrite (2,90 à 3,03), et les deux de la serpentine (environ 2,6) et du quartzite teint (environ 2,65). Elle répond à la question « est-ce du jade », et le protocole est publié sur la page de la pesée. Elle ne répond pas à la question « d’où vient-il » : deux néphrites de deux continents pèsent pareil.
Un laboratoire équipé peut parfois orienter vers une région en lisant les inclusions et les éléments traces, quand il dispose de références de comparaison. Ce n’est ni systématique, ni une adresse, et c’est hors de portée d’un atelier comme le mien. Ajoutez que le commerce passe par des tailleries qui achètent à plusieurs sources, et l’origine se perd sans que personne ait menti.
Ma règle est donc la même que pour le traitement : je dis ce que je mesure, et j’écris le trou quand il y en a un. Le traitement non plus n’est pas déterminé, mon fournisseur l’ignore et ma balance ne le dit pas, seule une spectroscopie infrarouge trancherait (jade A, B, C, la fiche d’information sur les traitements). Ce que je sais de la provenance de mes pièces est écrit sur l’origine de mes jades.
Les questions qu’on me pose
Où trouve-t-on la pierre de jade dans le monde ?
La jadéite se trouve en Birmanie, au Guatemala, au Japon, marginalement en Russie et au Kazakhstan. La néphrite est bien plus répandue : Russie, Canada, Chine, Taïwan, Nouvelle-Zélande, Australie. Seules la Birmanie et le Guatemala en fournissent de qualité gemme à échelle commerciale.
Existe-t-il du jade en France ?
Aucun gisement français n’alimente le commerce. La jadéite des haches polies retrouvées dans les tumulus du Morbihan vient des Alpes italiennes : c’est du jade européen, pas du jade français, et il est archéologique.
Le jade du Guatemala vaut-il celui de Birmanie ?
Sur le marché, les pièces birmanes de haute translucidité tiennent le haut des prix. Mais la comparaison se fait pièce par pièce : la translucidité, la régularité de la teinte, la finesse du grain et le traitement pèsent davantage que la carte (juger la qualité d’un jade).
Peut-on acheter du pounamu et le rapporter chez soi ?
Une pièce travaillée s’achète sans difficulté auprès d’un sculpteur néo-zélandais. Ce qui est encadré, c’est le prélèvement de la pierre, propriété de Ngāi Tahu sur son territoire depuis 1997, et la sortie du brut. Renseignez-vous auprès du vendeur avant, pas après.
Un pendentif tiki en jade est-il forcément du pounamu ?
Non, et il ne l’est même que rarement. La forme se copie partout, dans de la serpentine, du quartzite teint ou de la résine. Sans document du sculpteur, un tiki bon marché est une forme, pas une provenance.
Comment savoir d’où vient mon jade ?
Le plus souvent, on ne le peut pas. On peut établir le minéral chez soi par la pesée hydrostatique (reconnaître une véritable pierre de jade), et c’est déjà beaucoup. Le pays repose sur la parole du vendeur, sauf filière documentée.
Où j’ai vérifié
Ce qui vient d’une source nommée. Les textes juridiques sont nommés dans le corps : Tom Lantos Block Burmese JADE Act de 2008 et sa levée par le décret présidentiel 13742 du 7 octobre 2016, désignation de l’entreprise publique birmane du jade par le Trésor américain le 8 avril 2021 et inscription sur la liste de sanctions européenne le 21 juin 2021, loi néo-zélandaise de 1997 dévolvant le pounamu à Ngāi Tahu. Le Mont Viso, le Beigua, les 3 300 kilomètres et la date de juin 2003 viennent des travaux Pétrequin, projet JADE du CNRS. La séparation de la jadéite et de la néphrite vient de la note d’Alexis Damour, Comptes rendus hebdomadaires de l’Académie des sciences, tome 56, 1863 ; je n’en donne pas la pagination, je ne l’ai pas lue.
Ce que je reprends de la littérature sans l’avoir mesuré. Les conditions de formation des deux minéraux, les fourchettes de masse volumique, la localisation des gisements cités, la nature serpentineuse du tangiwai et les variétés de pounamu, et la circulation préhistorique de la néphrite taïwanaise vers les Philippines. Je n’ai vu aucun de ces gisements, et je ne les attribue à aucun organisme parce que je ne les ai pas lus dans un seul.
Ce qui est mon raisonnement. Le refus de la jadéite birmane pour une raison de droit américain avant l’argument éthique, le refus d’imiter le hei-tiki et le koru, et la décision de ne jamais écrire un pays d’origine sur une fiche puisque je ne peux pas le mesurer : ce sont des décisions, pas des faits établis. Si vous trouvez une erreur ici, écrivez-moi : je la corrigerai et je le noterai.
En une phrase
Le jade vient de très peu d’endroits quand c’est de la jadéite et de beaucoup quand c’est de la néphrite, mais hors des rares filières qui la documentent, l’origine reste une affirmation invérifiable sur un bijou, là où le minéral, lui, se mesure. La méthode est sur la page de la pesée, les pièces dans la boutique.











